Les approches actuelles de la compétence interculturelle en sciences de l’éducation insistent sur la capacité à dialoguer avec l’altérité, mais elles restent souvent détachées des savoirs locaux non scolaires, particulièrement dans les contextes postcoloniaux. Au Gabon, ces savoirs endogènes continuent d’être marginalisés dans les curricula scolaires et sont rarement considérés comme des ressources éducatives à part entière. Cet article propose une analyse anthropologique critique de cette tension à partir de la communauté Bantu-Akélé, en se focalisant sur la pêche traditionnelle lékombamongouè. Cette pratique communautaire constitue un dispositif éducatif structuré, porteur de savoirs écologiques, sociaux et normatifs transmis par des mécanismes d’apprentissage implicites et participatifs. À partir de données ethnographiques recueillies au Gabon, l’article examine comment ces savoirs façonnent des schèmes culturels profondément liés aux modes d’apprentissage et à la régulation collective des relations entre la communauté et son milieu. Il met en lumière les effets de la marginalisation de ces savoirs par les curricula scolaires gabonais sur le développement d’une compétence interculturelle authentique. En dialogue avec des travaux en anthropologie de l’éducation et en didactique de l’interculturel. L’article soutient que la reconnaissance épistémologique des savoirs endogènes est indispensable à tout projet éducatif contextualisé et durable.