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Diagnostic de la sécurité alimentaire dans la commune de Yaoundé 4: Cas du Quartier Emombo et de son Marché

Domain:

socioeconomic

Record type:

paper
Creator:
Bep
Publisher:
Zenodo
Host:avatar
INTRODUCTION La sécurité alimentaire constitue aujourd'hui un enjeu majeur de santé publique à l'échelle mondiale. Selon les estimations les plus récentes de la FAO, plus de 2,4 milliards de personnes dans le monde vivent en situation d'insécurité alimentaire, caractérisée par un accès insuffisant à une alimentation nutritive, sûre et adéquate [1]. Les crises économiques, le changement climatique, la croissance démographique et l'urbanisation accélérée fragilisent davantage les systèmes alimentaires, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire [2]. En Afrique subsaharienne, les crises alimentaires demeurent fréquentes et souvent cycliques. Le cas du Niger illustre cette instabilité chronique, marquée par la variabilité des prix, la pauvreté structurelle et les aléas climatiques [3]. Des dynamiques similaires sont observées dans d'autres pays de la sous-région, où les ménages urbains sont particulièrement vulnérables aux fluctuations économiques [4]. Au Cameroun, les analyses disponibles indiquent que 15 à 25 % des ménages sont en situation d'insécurité alimentaire, avec une aggravation notable dans les grandes agglomérations [5]. Les déterminants identifiés dans la littérature nationale incluent la volatilité des prix alimentaires, la dépendance aux marchés urbains, les faibles revenus, la saisonnalité des produits et les conditions d'hygiène inadéquates dans les lieux de vente [6]. Des travaux menés dans le Nord-Cameroun ont montré que la sécurité alimentaire est influencée par le revenu, la taille du ménage, le niveau d'éducation et la distance au marché [7,8]. Une étude fondée sur une modélisation logistique a par ailleurs mis en évidence que le revenu, l'hygiène alimentaire et les caractéristiques socio-économiques influencent fortement la situation alimentaire des ménages ruraux [6]. D'autres travaux soulignent l'absence, au Cameroun, d'un dispositif national coordonné de suivi de la sécurité alimentaire, avec des zones urbaines souvent délaissées par les systèmes de surveillance existants [9]. Le quartier Emombo, situé dans la Commune de Yaoundé IV, dépend très largement de son marché local pour l'approvisionnement alimentaire des ménages. Ce marché présente toutefois plusieurs défis structurels : disponibilité irrégulière de certaines denrées, fluctuations fréquentes des prix, pratiques d'hygiène insuffisantes, stockage précaire et absence de chaîne du froid — des problématiques comparables à celles décrites dans d'autres marchés urbains camerounais. Ces constats justifient la réalisation d'un diagnostic localisé, mobilisant des outils reconnus internationalement tels que le HFIAS et le Food Consumption Score, afin d'objectiver la situation alimentaire des ménages et des vendeurs du marché et d'orienter les interventions communautaires et municipales. Objectifs de l'étude L'objectif général de cette étude était de réaliser un diagnostic exhaustif de la sécurité alimentaire à Emombo, en évaluant les quatre piliers de la FAO et en proposant des pistes d'intervention locales. Les objectifs spécifiques étaient les suivants : (i) évaluer la disponibilité des produits alimentaires pour les ménages d'Emombo (marché, ruptures de stock, saisonnalité, production propre) ; (ii) analyser l'accessibilité économique et physique des ménages aux produits alimentaires (distance, revenus, dépenses, prix, capacité d'achat) ; (iii) décrire la qualité de l'alimentation et les conditions d'utilisation des aliments (score FCS, diversité alimentaire, sécurité sanitaire, hygiène) ; (iv) identifier les stratégies d'adaptation des ménages face à la hausse des prix et à l'insécurité alimentaire (réduction du nombre de repas, substitution, recours au crédit) ; et (v) recueillir les perceptions des ménages sur les déterminants et les solutions envisageables pour améliorer la sécurité alimentaire locale. MÉTHODES Type d'étude et cadre conceptuel Il s'agit d'une étude transversale, descriptive et analytique, complétée par une observation directe des conditions d'hygiène du marché. Le cadre conceptuel mobilisé est celui de la FAO, qui définit la sécurité alimentaire comme la capacité, pour tous les individus, d'avoir un accès physique, social et économique à une nourriture adéquate à tout moment, autour de quatre piliers : disponibilité, accessibilité, utilisation et stabilité [2]. Cadre et période de l'étude L'étude a été réalisée dans la Commune de Yaoundé IV, précisément dans le quartier Emombo (Cameroun). La période d'étude s'est étendue du 1er décembre 2025 au 4 janvier 2026, avec une phase de collecte de données sur le terrain du 16 au 25 décembre 2025. Population d'étude et échantillonnage Deux populations ont été investiguées. D'une part, les ménages résidant à Emombo, avec un objectif initial de 100 ménages recrutés selon un échantillonnage aléatoire stratifié. Sur les 101 ménages effectivement interrogés, 5 ont refusé de participer à l'enquête et 34 ont déclaré ne pas effectuer leurs achats alimentaires principalement au marché d'Emombo ; ces derniers ont été exclus de l'analyse centrée sur le marché local, portant l'échantillon analytique à 62 ménages. D'autre part, 20 stands du marché local d'Emombo ont été sélectionnés selon un échantillonnage en grappe, afin d'évaluer la disponibilité des produits, les prix et les conditions d'hygiène. Collecte des données et instruments Les données ont été recueillies par deux enquêteurs formés, à l'aide de l'application Kobo Collect. Trois outils structurés ont été utilisés : - Un questionnaire ménage combinant les échelles standardisées HFIAS (Household Food Insecurity Access Scale) et FCS (Food Consumption Score), ainsi que des variables sociodémographiques, économiques et de stratégies d'adaptation ; - Un formulaire vendeur portant sur la provenance des produits, les ruptures de stock, l'évolution des prix et les pratiques d'hygiène ; - Une grille d'observation directe des stands du marché, permettant de calculer un score d'hygiène composite (sur 10 points) intégrant, entre autres, la présence d'eau propre et de savon, le port d'un tablier par le vendeur, la protection des aliments contre les mouches, l'évacuation des déchets, la conservation du froid pour la viande et le poisson, et le lavage des mains avant le service. Le score FCS a été calculé selon la méthode standard de pondération des groupes alimentaires consommés au cours des 7 derniers jours (céréales/tubercules/plantains, légumineuses, légumes, fruits, viande/poisson/œufs, lait et produits laitiers, sucre/miel, huile/matières grasses), puis catégorisé en trois classes selon les seuils FAO : pauvre, limite, acceptable. Le score HFIAS a été calculé à partir de neuf questions portant sur les expériences d'insécurité alimentaire au cours des 30 derniers jours, avec une catégorisation en quatre classes : sécurité alimentaire, insécurité légère, insécurité modérée, insécurité sévère. Variables étudiées Les principales variables recueillies au niveau des ménages comprenaient : le sexe et le statut du répondant (chef de ménage, conjoint, autre membre), l'âge, la taille du ménage, le nombre d'enfants de moins de 5 ans, l'activité principale du chef de ménage, le revenu mensuel moyen, la part du budget consacrée à l'alimentation, la fréquence de courses au marché d'Emombo, le temps de trajet vers le marché, la source principale d'eau de boisson, la possession d'un réfrigérateur fonctionnel, les scores FCS et HFIAS, ainsi que plusieurs indicateurs de stratégies d'adaptation (réduction du nombre de repas, réduction des portions, substitution alimentaire, recours au crédit). Au niveau du marché, les variables recueillies portaient sur la disponibilité des produits, les ruptures de stock, l'évolution des prix sur trois mois et le score d'hygiène des stands. Analyse statistique Les données ont été analysées à l'aide du logiciel SPSS (Statistical Package for the Social Sciences), complété par Excel pour la production de certains graphiques. Les statistiques descriptives (fréquences, pourcentages, moyennes, écarts, minima et maxima) ont été calculées pour l'ensemble des variables. Une régression logistique multivariée a été réalisée afin d'identifier les facteurs associés à une insécurité alimentaire modérée ou sévère (catégories HFIAS 3 et 4), en intégrant comme covariables le revenu mensuel moyen du ménage, la part du budget consacrée à l'alimentation, la source principale d'eau de boisson et la possession d'un réfrigérateur fonctionnel. Les résultats sont exprimés sous forme d'Odds Ratio (OR) ajustés, assortis de leur intervalle de confiance à 95 % et de leur valeur de p. Le seuil de signification statistique retenu était p < 0,05. Considérations éthiques Une autorisation administrative de collecte de données a été obtenue auprès de la mairie de la Commune de Yaoundé IV préalablement à l'enquête. La confidentialité des données et leur anonymisation ont été assurées tout au long de l'étude. Le consentement des participants a été recueilli de façon libre, éclairée et révocable, à l'aide d'une notice d'information et d'un formulaire de consentement écrit. L'étude n'a pas fait l'objet d'une clairance éthique formelle par un comité d'éthique agréé, en raison de son caractère communautaire, rapide et non interventionnel ; les principes éthiques fondamentaux (consentement oral informé, anonymat, droit de retrait) ont néanmoins été strictement respectés. Une clairance éthique rétrospective, ou pour toute étude de suivi, est recommandée par l'auteur. RÉSULTATS Caractéristiques sociodémographiques de la population d'étude Sur les 101 ménages sollicités, 5 (5,0 %) ont refusé de participer, 34 (33,7 %) ont déclaré ne pas effectuer principalement leurs achats alimentaires au marché d'Emombo, et 62 (61,4 %) ont déclaré y faire principalement leurs courses ; ces 62 ménages constituent l'échantillon analytique de l'étude. Les répondants étaient composés de 51,6 % de femmes et 48,4 % d'hommes (Tableau 1). La majorité des répondants étaient chefs de ménage (50,0 %), suivis des conjoints (32,3 %) et d'autres membres du ménage (17,7 %) L'âge moyen des répondants était de 35,9 ans (minimum = 22 ans ; maximum = 56 ans). La taille moyenne du ménage était de 3,3 personnes (minimum = 1 ; maximum = 8), avec en moyenne 0,8 enfant de moins de 5 ans par ménage (minimum = 0 ; maximum = 4). Caractéristiques économiques des ménages Sur le plan économique, 53,2 % des ménages disposaient d'un revenu mensuel compris entre 100 000 et 200 000 FCFA, 19,4 % entre 201 000 et 350 000 FCFA, et 11,3 % de moins de 100 000 FCFA ; 14,5 % des répondants n'ont pas su préciser le revenu du ménage (<>, NSP) (Figure 1). Concernant les dépenses alimentaires, la majorité des ménages (59,7 %) consacrait entre 31 et 50 % de leur revenu à l'alimentation, 32,3 % y consacraient 30 % ou moins, et 1,6 % entre 51 et 70 % (6,5 % NSP). Score de consommation alimentaire (FCS) Le score FCS moyen était de 55,53 (minimum = 17 ; maximum = 98). La répartition des ménages selon les catégories FAO était la suivante : 85,5 % en catégorie <>, 12,9 % en catégorie <> et 1,6 % en catégorie <>. Ces résultats traduisent une diversité alimentaire globalement satisfaisante à l'échelle de l'échantillon étudié.   Insécurité alimentaire d'accès (HFIAS) Le score HFIAS moyen était de 4,26 (minimum = 0 ; maximum = 4 ). La répartition des ménages selon les catégories HFIAS montrait que 22,6 % étaient en situation de sécurité alimentaire, 24,2 % en insécurité légère, 41,9 % en insécurité modérée et 11,3 % en insécurité sévère (Figure 3). Au total, 77,4 % des ménages présentaient une forme d'insécurité alimentaire, dont plus de la moitié (53,2 %) à un niveau modéré ou sévère.   Résultats au marché d'Emombo (n = 20 stands) Concernant la disponibilité des produits, 30 % des commerçants interrogés (6/20) ont signalé des produits introuvables depuis au moins trois mois, et l'ensemble de ces commerçants a rapporté une augmentation de prix sur les produits concernés. Le score d'hygiène moyen des stands était de 4,70/10 (minimum = 0 ; maximum = 9). La répartition des stands selon les catégories d'hygiène était la suivante : 10 % en catégorie « bon » (≥ 8/10), 55 % en catégorie <> (5–7/10) et 35 % en catégorie « mauvais » (< 5/10). Interrogés sur les priorités d'aide qu'ils souhaiteraient recevoir de la mairie, 50 % des vendeurs ont cité l'installation de tables et d'abris plus propres, 30 % la mise en place de poubelles avec évacuation quotidienne, et 20 % une formation gratuite en hygiène.   Facteurs associés à l'insécurité alimentaire modérée ou sévère : analyse multivariée La régression logistique multivariée, incluant le revenu mensuel moyen du ménage, la part du budget consacrée à l'alimentation, la source principale d'eau de boisson et la possession d'un réfrigérateur fonctionnel, a montré que la source principale d'eau de boisson était globalement associée à l'insécurité alimentaire modérée ou sévère (test de Wald global = 13,457 ; ddl = 2 ; p = 0,001). Plus précisément, l'une des modalités de la source d'eau de boisson était associée à une réduction très importante du risque d'insécurité alimentaire modérée ou sévère (OR = 0,029 ; IC95 % [0,004–0,218] ; p = 0,001), traduisant un effet protecteur marqué de l'accès à une source d'eau de meilleure qualité (probablement l'eau minérale, référence étant le forage/puits protégé. Les autres variables incluses dans le modèle — revenu mensuel moyen du ménage (Wald global = 2,310 ; ddl = 4 ; p = 0,679), part du budget consacrée à l'alimentation (Wald global = 3,076 ; ddl = 3 ; p = 0,380) et possession d'un réfrigérateur fonctionnel (Wald = 1,469 ; ddl = 1 ; p = 0,225) - n'étaient pas statistiquement associées à l'insécurité alimentaire modérée ou sévère dans ce modèle ajusté. Ces résultats indiquent que, parmi les ménages ayant accès à une source d'eau de boisson de meilleure qualité, le risque de se trouver en situation d'insécurité alimentaire modérée ou sévère était très fortement réduit par rapport aux ménages dépendant de sources d'eau moins sûres, indépendamment du revenu, de la part du budget alimentaire et de la possession d'un réfrigérateur.   DISCUSSION Interprétation des principaux résultats Ce diagnostic communautaire révèle une situation contrastée de la sécurité alimentaire dans le quartier Emombo. D'une part, le score de consommation alimentaire moyen (55,53) et la proportion élevée de ménages classés en catégorie « acceptable » (85,5 %) témoignent d'une diversité alimentaire globalement satisfaisante, vraisemblablement facilitée par la proximité et la variété de l'offre du marché local. D'autre part, l'échelle HFIAS met en évidence une prévalence élevée d'insécurité alimentaire d'accès : 77,4 % des ménages rapportent une forme d'insécurité, dont 53,2 % à un niveau modéré ou sévère. Cette dissociation entre une bonne disponibilité/diversité alimentaire et un accès économique précaire est cohérente avec le profil socio-économique de l'échantillon, où plus de la moitié des ménages consacrent entre 31 et 50 % de leur revenu à l'alimentation et où près des deux tiers disposent d'un revenu mensuel inférieur à 200 000 FCFA. Au niveau du marché, le score d'hygiène moyen de 4,7/10, avec 35 % des stands classés en catégorie « mauvaise », constitue un signal d'alerte sanitaire. Ces conditions d'hygiène précaires, associées aux ruptures d'approvisionnement rapportées par 30 % des commerçants et à la hausse concomitante des prix, illustrent les tensions structurelles pesant sur le pilier <> de la sécurité alimentaire à Emombo. Le résultat le plus saillant de l'analyse multivariée est l'association forte entre la source principale d'eau de boisson et l'insécurité alimentaire modérée ou sévère (OR = 0,029 ; IC95 % [0,004–0,218] ; p = 0,001), alors que le revenu, la part du budget alimentaire et la possession d'un réfrigérateur ne ressortaient pas comme significatifs dans ce modèle ajusté. Ce résultat suggère que l'accès à une eau de boisson de qualité pourrait constituer, à Emombo, un marqueur ou un déterminant plus sensible de la vulnérabilité alimentaire globale du ménage que les indicateurs économiques classiques, possiblement parce qu'il reflète un niveau de vie et des conditions sanitaires domestiques plus larges, ou parce qu'il agit directement sur l'état de santé et donc sur l'utilisation biologique des aliments. Comparaison avec la littérature Le taux de ménages en catégorie FCS acceptable observé à Emombo (85,5 %) est supérieur aux proportions généralement rapportées dans d'autres zones urbaines camerounaises, où cette proportion se situe habituellement entre 70 et 80 % selon les rapports du Programme Alimentaire Mondial (PAM, 2024) et l'Enquête Nationale sur la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSAN, 2021). La proximité et la diversité de l'offre du marché d'Emombo pourraient expliquer cette relativement bonne performance en matière de disponibilité et d'utilisation nutritionnelle, un constat cohérent avec des travaux menés sur d'autres marchés urbains d'Afrique subsaharienne [4]. À l'inverse, le taux élevé d'insécurité alimentaire d'accès (77,4 %) est proche des estimations disponibles pour certaines zones urbaines de la région du Centre, où le Cadre Harmonisé rapporte une phase 2 (« sous pression ») pour 10 à 20 % de la population, dans un contexte d'inflation persistante des prix alimentaires [Information manquante dans le rapport : les sources précises « Cadre Harmonisé, octobre 2024 » et « MINADER, 2024 » évoquées dans le corps du rapport ne sont pas référencées formellement et devraient être vérifiées]. Le taux d'insécurité alimentaire élevé observé à Emombo peut également être mis en perspective avec les travaux camerounais antérieurs, qui identifient de façon convergente le revenu, la taille du ménage, l'éducation du chef de ménage et l'accès à l'eau potable comme des déterminants majeurs de la sécurité alimentaire, que ce soit en milieu rural du Nord-Cameroun [6,7] ou dans les régions de l'Extrême-Nord et de l'Est [8]. La présente étude, réalisée en milieu urbain, confirme la place centrale de l'accès à l'eau potable parmi ces déterminants, tout en suggérant que son poids relatif pourrait être encore plus marqué en contexte urbain périphérique qu'en contexte rural. Concernant l'hygiène du marché, le score moyen observé (4,7/10) est inférieur aux normes habituellement recommandées dans les études sur les marchés africains, où un score moyen supérieur à 6/10 est généralement préconisé pour limiter les risques de maladies diarrhéiques et de malnutrition [Information manquante dans le rapport : la source « OMS, 2023 » évoquée dans le corps du texte n'est pas référencée formellement]. Les priorités exprimées par les vendeurs (abris propres, gestion des déchets, formation à l'hygiène) rejoignent les recommandations générales de la FAO pour l'amélioration des marchés alimentaires urbains [2,4]. Forces de l'étude Cette étude présente plusieurs forces méthodologiques. Elle repose sur l'utilisation d'outils internationalement validés et standardisés (HFIAS, FCS), facilitant la comparabilité des résultats avec d'autres contextes. Elle combine une approche centrée sur les ménages avec une évaluation directe et objective du marché local, permettant une lecture intégrée des quatre piliers de la sécurité alimentaire (disponibilité, accessibilité, utilisation, stabilité). La collecte de données via une application numérique (Kobo Collect) et le recours à un échantillonnage aléatoire stratifié pour les ménages renforcent la rigueur du processus de collecte. Limites de l'étude Plusieurs limites doivent être soulignées. La taille de l'échantillon, modérée (62 ménages et 20 stands), est suffisante pour un diagnostic communautaire local mais limite la puissance statistique des analyses multivariées, ce qui pourrait expliquer l'absence d'association significative pour le revenu et la part du budget alimentaire, malgré une plausibilité biologique et sociale forte de ces déterminants. La période de collecte, réalisée en décembre 2025, pendant la période des fêtes de fin d'année, pourrait introduire un biais saisonnier sur la disponibilité des produits, les prix et les habitudes alimentaires, limitant la généralisabilité des résultats à d'autres périodes de l'année. Le recueil des données alimentaires reposant sur le rappel déclaratif des ménages expose à un biais de mémoire et à un biais de désirabilité sociale. L'absence de données anthropométriques ne permet pas de corréler les indicateurs déclaratifs de sécurité alimentaire à un état nutritionnel objectivé. L'étude porte exclusivement sur les usagers du marché d'Emombo, ce qui limite la généralisation des résultats à l'ensemble de la population du quartier, notamment aux 34 ménages ayant déclaré ne pas fréquenter principalement ce marché. L'évaluation de l'hygiène du marché repose sur une observation déclarative et directe, sans confirmation par des tests microbiologiques, ce qui ne permet pas de quantifier objectivement le risque sanitaire réel. Enfin, l'absence de clairance éthique formelle par un comité agréé, bien que les principes éthiques fondamentaux aient été respectés, constitue une limite méthodologique qu'il conviendra de lever pour toute étude de suivi ou de réplication. Implications pour la santé publique et recommandations Les résultats de ce diagnostic ont des implications directes pour les acteurs communaux et communautaires impliqués dans la sécurité alimentaire à Yaoundé IV. Ils suggèrent que les interventions ne peuvent se limiter à des actions sectorielles isolées, mais doivent adopter une approche intégrée associant eau, hygiène et alimentation (approche WASH-nutrition), compte tenu du rôle protecteur majeur identifié pour la source d'eau de boisson. Sur cette base, plusieurs recommandations opérationnelles peuvent être formulées. Concernant le renforcement de l'hygiène du marché d'Emombo, il est recommandé d'installer des tables et abris plus propres pour les stands, de mettre en place un dispositif de poubelles avec évacuation quotidienne, et d'organiser des formations gratuites en hygiène alimentaire pour les commerçants — trois mesures directement demandées par les vendeurs eux-mêmes. Concernant la surveillance des prix et le soutien aux ménages vulnérables, la mise en place d'un monitoring mensuel des prix d'un panier de dix produits de base au marché, ainsi que l'identification et le soutien ciblé des ménages consacrant plus de 50 % de leur budget à l'alimentation, sont recommandés. Concernant la promotion de la production locale et de la résilience alimentaire, le développement de jardins communautaires ou périurbains pour les ménages à faible revenu, ainsi que des actions de sensibilisation à la conservation domestique des aliments (utilisation de réfrigérateurs, stockage sûr), pourraient contribuer à réduire la vulnérabilité alimentaire. Enfin, un dispositif de suivi et d'évaluation intégrant les indicateurs FCS, HFIAS et le score d'hygiène du marché dans le suivi communal, ainsi que la réalisation d'un nouveau diagnostic à 12 mois, permettraient de mesurer l'impact des interventions mises en œuvre. Compte tenu de l'association forte observée avec la source d'eau de boisson, il paraît également pertinent que les futures interventions communautaires ou municipales explorent en priorité l'amélioration de l'accès à une eau de boisson de qualité (réseau Camwater, forages protégés) comme levier transversal de renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages d'Emombo.   CONCLUSION Ce diagnostic communautaire de la sécurité alimentaire réalisé à Emombo (Commune de Yaoundé IV) en décembre 2025 met en évidence une situation contrastée : une diversité alimentaire globalement bonne, portée par la proximité du marché local, mais une vulnérabilité importante en matière d'accès économique à l'alimentation, associée à des conditions d'hygiène préoccupantes au marché. L'accès à une eau de boisson de qualité ressort comme le déterminant le plus fortement associé à l'insécurité alimentaire modérée ou sévère, soulignant la nécessité d'interventions intégrées eau–hygiène–alimentation en milieu urbain camerounais. Ce travail constitue une baseline locale utile pour orienter les actions de la Commune de Yaoundé IV et des acteurs communautaires en matière d'hygiène des marchés et de soutien aux ménages vulnérables, en cohérence avec les objectifs nationaux de sécurité alimentaire et nutritionnelle.   DÉCLARATIONS Conflits d'intérêts L'auteur déclare n'avoir aucun conflit d'intérêts en lien avec ce travail. Contributions des auteurs BEP GOUIFE David Ivan Paterson a conçu l'étude, élaboré les outils de collecte, coordonné la collecte de données sur le terrain, réalisé les analyses statistiques, interprété les résultats et rédigé l'intégralité du manuscrit.   1. FAO, FIDA, OMS, PAM, UNICEF. L'État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2025. Rome : FAO ; 2025. 2. FAO. Défis liés à la sécurité alimentaire mondiale et principales causes : conflits et guerres en Ukraine et dans d'autres pays, ralentissements et fléchissements économiques, et changement climatique. Rome : FAO ; 2023. 3. Michels D, Egg J, Blein R. La répétition des crises alimentaires et nutritionnelles au Niger : la rénovation urgente des politiques de sécurité alimentaire. Paris : IRAM ; Niamey : Bureau Issala ; 2012. 4. FAO. Africa regional overview of food security and nutrition 2023. Accra : FAO ; 2023. 5. MINADER. Résultats de l'analyse de la situation de l'insécurité alimentaire aiguë actuelle. Yaoundé : Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural ; [date non précisée dans le rapport source]. 6. Siéwé Pougoué EB, Abdou Bouba A, Ali Madi, Goudoum A, Folefack DP. Modélisation logistique des déterminants de la situation alimentaire des ménages ruraux au Cameroun. [Revue non précisée dans le rapport source] 2025. 7. Siéwé Pougoué EB, Nyore, Goudoum A. La sécurité alimentaire au Nord Cameroun : une approche d'analyse quantitative. [Revue non précisée dans le rapport source] 2023. 8. Njupuen Njembokue OG. Insécurité alimentaire et stratégies d'adaptation dans les régions de l'Extrême-Nord et de l'Est du Cameroun. [Mémoire ou thèse, établissement non précisé dans le rapport source] 2022. 9. Voumo Azobou AM. Revue scientifique et opérationnelle sur l'état des lieux de la sécurité alimentaire au Cameroun. [Revue non précisée dans le rapport source] 2022. 10. Tollens E. État actuel de la sécurité alimentaire en République Démocratique du Congo : diagnostic et perspectives. Louvain : Katholieke Universiteit Leuven ; 2003. 11. Coates J, Swindale A, Bilinsky P. Household Food Insecurity Access Scale (HFIAS) for measurement of food access: indicator guide, version 3. Washington, DC : Food and Nutrition Technical Assistance Project (FANTA), FHI 360 ; 2007. 12. World Food Programme. Food Consumption Score (FCS) : technical guidance sheet. Rome : PAM ; 2008. INTRODUCTION Food insecurity remains a major challenge in urban areas of Cameroon, exacerbated by food price inflation and poor market hygiene conditions. This study aimed to conduct a diagnostic assessment of food security in the Emombo neighborhood (Yaoundé IV Municipality), integrating both household-level and market-level dimensions through an evaluation of the main local market.   METHODS A cross-sectional study was conducted in December 2025 among 101 households residing in Emombo and 20 vendors from the local market. Household-level data were collected using the standardized Household Food Insecurity Access Scale (HFIAS) and Food Consumption Score (FCS) tools via Kobo Collect, while market stalls were assessed for food availability, pricing, and hygiene practices. Data were analyzed using SPSS. Multivariate logistic regression was performed to identify factors associated with moderate or severe food insecurity.   RESULTS Although the majority of households exhibited an acceptable food consumption score, 75% experienced some degree of food insecurity according to the HFIAS, with more than half classified as moderately or severely food insecure. The mean hygiene score for market stalls was low (4.7/10). In multivariate analysis, the primary source of drinking water was the only factor significantly associated with food insecurity (OR = 0.029; 95% CI [0.004–0.218]).   CONCLUSION This study highlights a pronounced burden of urban food insecurity in Emombo, despite relatively satisfactory food availability. Access to safe drinking water emerges as a key determinant of food security, underscoring the need for integrated water–hygiene–food interventions in urban settings. Keywords: food security; food insecurity; urban settings; food hygiene; markets; Cameroon. INTRODUCTION:L’insécurité alimentaire demeure un défi majeur en milieu urbain au Cameroun, exacerbée par l’inflation des prix alimentaires et les conditions d’hygiène des marchés. Cette étude visait à réaliser un diagnostic de la sécurité alimentaire dans le quartier Emombo (Commune de Yaoundé IV), en intégrant les ménages et le principal marché local. MÉTHODES:Une étude transversale a été menée en décembre 2025 auprès de ménages 101 résidant à Emombo et de 20 vendeurs du marché local. Les données ménages ont été collectées à l’aide des outils standardisés HFIAS et FCS, Kobo Collect, tandis que les stands du marché ont fait l’objet d’une évaluation de la disponibilité, des prix et de l’hygiène alimentaire. Les analyses ont été réalisées sous SPSS. Une régression logistique multivariée a été utilisée pour identifier les facteurs associés à l’insécurité alimentaire modérée ou sévère. RÉSULTATS:La majorité des ménages présentaient un score de consommation alimentaire acceptable, mais 75 % vivaient une forme d’insécurité alimentaire selon le HFIAS, dont plus de la moitié à un niveau modéré ou sévère. Le score moyen d’hygiène des stands du marché était faible (4,7/10). En analyse multivariée, la source principale d’eau de boisson était le seul facteur significativement associé à l’insécurité alimentaire (OR = 0,029; IC95 % [0,004–0,218]). CONCLUSION:L’étude met en évidence une insécurité alimentaire urbaine marquée à Emombo, malgré une disponibilité alimentaire relativement satisfaisante. L’accès à une eau de boisson de qualité apparaît comme un déterminant majeur de la sécurité alimentaire, soulignant la nécessité d’interventions intégrées eau–hygiène–alimentation en milieu urbain. Mots-clés : sécurité alimentaire ; insécurité alimentaire ; milieu urbain ; hygiène alimentaire ; marchés ; Cameroun.  

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