Entretien avec Almamy Nientao, né en 1924 à Mopti, réalisé à son domicile à Sévaré. J'avais fait sa rencontre quelques jours plus tôt au lycée de Sévaré alors que je menais des entretiens avec des enseignants. Nientao avait été invité au Lycée comme conférencier pour parler de la création de l'armée du Mali. Son nom m'était familier : il est regulièrement évoqué dans les témoignages d'anciens prisonniers politiques du régime de Moussa Traoré. Il est alors désigné comme le "tortionnaire du désert". A ma grande surprise il accepte facilement de me rencontrer et m'invite chez lui. Il souhaite que je l'aide à écrire ses mémoires. A mon arrivée à son domicile, deux jeunes militaires hauts gradés sont présents et échangent avec lui sur la conférence au Lycée de Sévaré à laquelle ils ont assisté. En bambara, ils l'interrogent sur la question des droits de l'homme et les exactions commises par l'armée sous le régime de Moussa Traoré. Nientao entre dans une grande colère et les met dehors. Je comprends que c'est un sujet que je ne pourrai aborder. Entretien biographique avec Almamy Nientao. Cette première partie porte en grande partie sur sa vie à l'époque coloniale. Il relate comment il a été renvoyé de l'école en 1943 et non intégré dans l'armée car trop chétif. Son père, instituteur, le rejette. Il devient infirmier, puis commissaire de bateau sur le Niger, puis chef de train à Bamako. Il part pour Marseille en 1945 où il travaille dans un restaurant et comme débardeur sur le port. Grâce à une Française, il reprend des études et est recruté dans l'armée en 1947. Il est envoyé sur la Côte d'Azur à Saint-Maxime, rencontre Brigitte Bardot, raconte les soirées dansantes. Il est envoyé se former aux Etats-Unis auprès de soldats afro-américains puis est envoyé en Indochine en passant par Durban (expérience du racisme sud-africain). Il raconte son vécu de la guerre d'Indochine où il est blessé en 1951 et rapatrié puis naturalisé Français. Il est envoyé en Tunisie puis en Algérie où il est blessé en 1956. Il devient instructeur à Fréjus et est rapatrié au Mali en juillet 1960 où il est reversé dans l'armée malienne. Il relate ensuite les tensions entre les militaires et le régime socialiste de Modibo Keita. Il est mobilisé pour réprimer la révolte des commerçants de 1962. Il parle de ses mariages : d'abord avec une Française puis avec une Malienne, nièce de Modibo Keita. Il sert à Sikasso dans les années 1960, relate les tensions avec la Milice et évoque les femmes miliciennes.