Dans un contexte de porosité des frontières et de dynamiques transnationales, les espaces marchands frontaliers s’imposent comme des lieux d’observation des recompositions sociales, économiques et culturelles. Cet article examine le rôle des langues traditionnelles dans la structuration des échanges commerciaux transfrontaliers au Cameroun. S’appuyant sur un dispositif théorico-méthodologique articulé autour d’entretiens et observations de terrain, l’étude a été menée dans les marchés frontaliers de la Vallée du Ntem (Sud) et du Mayo-Rey (Nord). L’analyse des données, éclairée par le transnationalisme, permet de saisir ces marchés comme des espaces d’articulation entre différents territoires nationaux, au sein desquels se déploient des réseaux d’échanges reliant le Cameroun à ses pays voisins. Les résultats empiriques montrent que les marchés frontaliers constituent des espaces privilégiés d’interactions sociales, où les échanges économiques s’accompagnent de dynamiques relationnelles et culturelles. Ils mettent également en évidence le rôle central des langues locales, notamment le fang et le fulfuldé, dans la facilitation de la communication, la construction de la confiance et la régulation des transactions commerciales. À ce titre, ces langues apparaissent comme de véritables ressources sociales, favorisant l’insertion des acteurs dans les réseaux marchands tout en participant à des mécanismes de différenciation. Sur le plan théorique, l’étude contribue à renforcer les approches transnationalistes des interactions frontalières en montrant que les pratiques marchandes s’inscrivent dans des logiques qui débordent les cadres étatiques. Elle souligne également l’intérêt d’une lecture des relations internationales à partir des pratiques sociales locales. Au demeurant, les marchés frontaliers apparaissent non seulement comme des lieux d’échanges économiques, mais aussi comme des espaces de déploiement et d’expression des dynamiques socio-culturelles.
In a context of transnational dynamics, cross-border market spaces emerge as key sites for observing social, economic, and cultural transformations. This article examines the role of traditional languages in structuring cross-border trade in Cameroon. Based on a theoretical and methodological approach combining interviews, questionnaires, and field observations, the study was conducted in border markets in the Vallée du Ntem (South) and Mayo-Rey (North) regions. The analysis, informed by a transnationalist framework, makes it possible to understand these markets as spaces of articulation between different national territories, within which networks of exchange linking Cameroon to its neighboring countries are developed. The empirical findings show that border markets constitute privileged spaces of social interaction, where economic exchanges are intertwined with relational and cultural dynamics. They also highlight the central role of local languages, notably Fang and Fulfulde, in facilitating communication, building trust, and regulating commercial transactions. In this respect, these languages appear as genuine social resources, fostering actors’ integration into market networks while also contributing to mechanisms of differentiation. From a theoretical perspective, the study contributes to strengthening transnationalist approaches to border interactions by demonstrating that trading practices operate within logics that transcend state boundaries. It also underscores the relevance of analyzing international relations through local social practices. Ultimately, border markets appear not only as sites of economic exchange but also as spaces for the deployment and expression of socio-cultural dynamics.