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Pauvreté sur fond de crises concomitantes à Madagascar

Domain:

socioeconomic

Record type:

dataset
Creator:
KatVidDavJac
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La pauvreté à Madagascar est à la fois structurelle et dynamique : elle est reproduite par l’interaction entre la fragilité institutionnelle, les inégalités spatiales, les contraintes liées au genre et des chocs multiples de plus en plus fréquents. Malgré des épisodes intermittents de croissance économique, le pays a enregistré peu de progrès durables en matière de réduction de la pauvreté depuis le début des années 2000. Plus des trois quarts de la population vivent sous le seuil national de pauvreté, la pauvreté rurale étant particulièrement enracinée tandis que la pauvreté urbaine s’est aggravée sous l’effet des crises récentes. L’instabilité politique récurrente, les chocs climatiques, la pandémie de COVID-19, la volatilité des prix et la faiblesse des systèmes publics se sont combinés pour créer une situation que de nombreux participants à cette recherche décrivent comme une «crise sans reprise».

Ce rapport synthétise une analyse quantitative représentative à l’échelle nationale et une recherche qualitative approfondie menée dans quatre régions contrastées : Androy, Boeny, Analamanga et Vakinankaratra. Ces régions ont été sélectionnées afin de refléter la diversité régionale de Madagascar en termes d’écologie, de moyens de subsistance, de capacité de gouvernance et de vulnérabilité aux chocs. Les données quantitatives identifient les corrélats statistiques de la pauvreté ainsi que l’association entre les chocs multiples et la baisse du bien-être. La recherche qualitative révèle comment ces pressions sont vécues, négociées et reproduites au sein des ménages et des communautés au fil du temps. Ensemble, les résultats montrent que la pauvreté à Madagascar fonctionne comme un système de pertes récurrentes sous l’effet de contraintes structurelles.

Contraintes structurelles et facteurs amplificateurs : pourquoi les chocs deviennent des pièges à pauvreté

La fragilité de la gouvernance, les contraintes budgétaires, les déficits d’infrastructures, l’exclusion financière, la faiblesse des systèmes de marché, l’insuffisance des filets de sécurité sociale ainsi que les inégalités territoriales et de genre profondément enracinées créent des conditions favorisant une pauvreté persistante et profonde qui amplifie les effets des chocs. La faiblesse de l’administration foncière et l’accès limité à la justice transforment les conflits fonciers et les expropriations en pertes durables de moyens de subsistance. La faible intégration des marchés, aggravée par le mauvais état des infrastructures, réduit les revenus à la production agricole et enferme les producteurs dans des chaînes de valeur à faible rendement. Seule une minorité d’agriculteurs ou de travailleurs parvient à intégrer des chaînes de valeur plus rentables, à transformer les matières premières ou à bénéficier d’assurances ou de protections formelles.

Les sécheresses, les maladies, les flambées des prix, les conflits fonciers, les vols et les crises politiques deviennent des facteurs d’appauvrissement parce qu’ils surviennent dans un contexte d’institutions fragiles, y compris les systèmes de marché. Ces conditions structurelles déterminent si les chocs peuvent être absorbés ou s’ils se transforment en pertes durables. Dans la configuration actuelle de Madagascar, ils tendent fréquemment à se cumuler, transformant des revers temporaires en pauvreté chronique.

Par ailleurs, les ménages sont souvent confrontés à plusieurs crises simultanées ou successives. L’analyse quantitative montre que plus de 15 % des ménages ont subi au moins deux chocs concomitants, dont des catastrophes climatiques, le plus souvent une sécheresse combinée à des chocs de prix ou de revenus, au cours des douze mois précédant l’enquête EPM 2021/22. La sécheresse se conjugue à l’inflation ; la maladie à la perte d’emploi ; les perturbations politiques à la fermeture des marchés. Les analyses montrent également que les chocs multiples sont fortement associés à une baisse de la consommation et à un risque accru de pauvreté. Les récits de vie recueillis dans le cadre de l’étude qualitative expliquent les mécanismes à l’œuvre : la maladie entraîne l’endettement et la vente du bétail ; la sécheresse conduit au retrait des enfants de l’école ; les conflits fonciers bloquent les investissements ; les vols détruisent le capital de travail. Chaque événement réduit la capacité de rétablissement, rendant le choc suivant encore plus destructeur.

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Development studiesPoverty, inclusivity and wellbeingPovertyCrisesMadagascar

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