Parlé dans la région nord-ouest du Cameroun, l’une des deux régions anglophones du pays, le wushi est une langue sous-documentée appartenant à la famille des langues Grassfields bantu. Une analyse comparative des langues ring montre que le wushi se trouve à un stade «intermédiaire» d’évolution, par rapport aux langues apparentées qui semblent avoir atteint un stade plus avancé, en termes de grammaticalisation. En effet plusieurs processus notamment phonologiques et morphosyntaxiques sont inachevés. De plus, la mobilité inhabituelle des marqueurs de classes à l’intérieur de syntagmes nominaux laisse perplexe quant à leur statut grammatical : s’agit-il d’affixes ou de clitiques ? Sachant que la tendance observée dans les langues est un changement de clitique à affixe (Joseph 1995 :33), on a, de toute évidence, là encore un processus en cours. Caractériser de tels éléments en tant que clitiques ou affixes est une question cruciale notamment pour le choix d’écriture à adopter lors de la conception de documents dans la langue, parmi lesquels le dictionnaire occupe une place primordiale. En effet après la grammaire de référence, le dictionnaire constitue un document de base pour les langues et particulièrement les langues en danger et sans documentation. La grammaire de référence et le dictionnaire du wushi sont deux projets que nous avons entrepris il y a quelques années. Dans ces travaux, et notamment dans la construction du dictionnaire bilingue wushi-anglais, plusieurs éléments de la grammaire du wushi se révèlent particulièrement épineux lorsqu’on se met dans la peau d’un apprenant n’ayant aucune connaissance de la langue : sachant que la notion de grammaire évoque d’emblée un ensemble de règles, comment enseigner et apprendre la langue lorsque plusieurs de ces règles manifestent une apparente «instabilité» ? Dans cet article, nous montrerons à travers l’exemple du wushi, la nécessité pour le linguiste qui décrit une langue dans la perspective de la documenter et à terme de l’enseigner, d’effectuer des choix d’analyse en conséquence, particulièrement lorsque la langue est dans un état «transitoire» et surtout faiblement documentée. Invoquer les faits diachroniques, l’histoire est par ailleurs fortement recommandé pour expliquer certains phénomènes synchroniques.