Maheu-Giroux, Mathieu (Supervisor) Contexte : Le cancer du col de l'utérus (CC) est la principale cause de décès par cancer en Afrique sub-Saharienne (ASS). La mise à l’échelle de programmes de prévention et de traitement dans les pays à revenu élevé a considérablement contribué à la réduction de l'incidence du CC, mais de nombreux pays continuent de voir le nombre de cas augmenter. Dans l’ASS, ces problèmes sont aggravés par l'épidémie de VIH : les femmes vivant avec le VIH (FVVIH) sont six fois plus susceptibles de développer un CC. En 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé sa stratégie mondiale pour l'élimination du CC en tant que menace pour la santé publique avec des objectifs pour la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) - la cause du CC -, le dépistage et le traitement d'ici 2030.Objectifs : Ma thèse vise à améliorer notre compréhension des tendances et de la couverture du dépistage du CC et de l'adoption du traitement en ASS. Plus précisément, mes objectifs sont 1) d’estimer les tendances temporelles du dépistage du CC dans la population générale 2) d’examiner la couverture du dépistage en fonction du statut VIH (3) et mesurer les écarts dans la réalisation des objectifs de 70 % de dépistage et de 90 % de traitement.Méthodes : J'ai recueilli tous les enquêtes populationnels d’ASS, représentatives au niveau nationale, avec des informations sur le dépistage ou le traitement de la CC (2000-2020). Les tendances temporelles du dépistage à vie et au cours des 3 dernières années chez les femmes de 25 à 49 ans ont été estimées conjointement à l'aide d'un modèle Bayésien de régression logistique binomiale multi-niveaux (niveaux : enquête, pays, région, ASS) qui contrôlait pour l'effet de l'âge (groupes d'âge de 5 ans) et du statut VIH. Pour les enquêtes sans données sur le statut VIH, j'ai adopté une approche de standardisation. Des imputations pour les pays sans information d'enquête et une post-stratification ont été effectuées pour obtenir des estimations agrégées au niveau du pays, de la région et d’ASS. Pour mesurer les écarts par rapport à l'objectif de dépistage de l'OMS, j'ai utilisé les méthodes des tables de survie pour estimer la proportion de femmes ayant subi au moins deux dépistages à l’âge de 45 ans. Enfin, le recours au traitement du CC a été estimé à l'aide d'une approche de méta-analyse Bayésienne.Résultats : J'ai regroupé 52 enquêtes, réalisés dans 28 pays (151,338 répondants). Dans les régions de l’Afrique centrale/occidentale et orientale, les proportions de femmes ayant déjà subi un dépistage pour le CC sont restées relativement stables entre 2000 et 2020. Dans ces régions, les FVVIH avaient plus de chances d'être dépistées que les femmes séronégatives. En Afrique du Sud, cependant, la couverture du dépistage a augmenté et il n’existe que peu de différence de dépistage entre les FVVIH et celles séronégatives. En plus il a été estimé qu'en 2020, 12% (95% intervalle de crédibilité [ICr]: 10-18%) des femmes de 45 ans ont été dépistées au moins deux fois. Enfin, dans les pays disposant d’enquêtes la proportion de femmes rapportant un dépistage positif ayant été traitée est de 84% (95%ICr : 70-95%). Conclusion : La couverture du dépistage du CC est demeurée stagnante au cours des deux dernières décennies pour l'ASS, et n’a augmenté qu’en Afrique du Sud. Bien que les FVVIH aient des chances supérieures ou égales d'être dépistées par rapport aux femmes séronégatives, globalement le dépistage du CC reste faible. Des actions sont nécessaires pour améliorer le dépistage du CC et les programmes de traitement afin d'éliminer cette maladie Background: Cervical cancer (CC) is one of the leading causes of cancer death in sub-Saharan Africa (SSA) among women. Scale-up of prevention programs in high-income countries have contributed to large reductions in CC incidence, however, many countries continue to see rising cases. In SSA, HIV epidemics exacerbate this situation as women living with HIV (WLHIV) are 6 times more likely to develop CC. In 2020, the World Health Organization announced its global strategy for CC elimination as a public health threat with targets for vaccinations against the human Papillomavirus (HPV) –the necessary cause of CC–, screening and treatment by 2030.Objectives: My thesis aims to improve our understanding of the trends and coverage of CC screening and treatment in SSA. Specifically, I aim to 1) estimate country-level time trends in CC screening, 2) examine coverage of screening by HIV status (3) and measure gaps in achieving the 70% screening and 90% treatment targets.Methods: I collected data from all available nationally representative surveys from SSA with information on CC screening or treatment (2000-2020). Time trends for lifetime and past three years screening among women 25-49 were jointly estimated using a Bayesian multilevel binomial logistic regression model (levels: survey, country, region, SSA) which controlled for the effect of age (5-year age groups) and HIV serostatus. For surveys without data on HIV serostatus, I applied a standardization method. Imputations for countries without survey data and post-stratification was done to obtain aggregate national-, regional- and SSA-level estimates. To measure gaps in the WHO screening goal, I used life-table methods to estimate the proportion of women screened twice by age 45. Finally, treatment coverage was estimated using a Bayesian meta-analysis approach. Results: I pooled 52 surveys across 28 countries (151,338 respondents). In the two regions of Western/Central and Eastern Africa, the proportion of women ever screened remained stable from 2000-2020. In these regions, WLHIV had greater odds of being screened compared to women without HIV. In Southern Africa however, screening coverages had been increasing and WLHIV had equal odds of being screened. Additionally, it was estimated that in 2020, 12% (95% Credible Intervals [CrI]: 10-18%) of women have been screened at least twice by the age of 45. Finally, average treatment coverage among the countries with available information was estimated to be 84% (95%CrI: 70-95%). Conclusion: Overall trends in screening coverage have been stagnant over the past two decades in SSA with significant increases only seen in the Southern Africa region. Although, WLHIV have greater or equal odds of being screened compared to women without HIV, overall screening remains low. Action is needed to increase CC screening and treatment programs to eliminate this preventable disease