Le présent article porte sur le vocabulaire relatif à quatre cents spécimens de champignons représentatifs de 29 taxons comestibles qui ont été collectés parmi deux communautés pygmées du Gabon : les Baka et les Bakóya. Ce vocabulaire myconymique spécifique en kóya (langue bantue) et baka (langue oubanguienne) désignant les mêmes espèces de champignons est analysé sur les plans formel et sémantique. Cette analyse linguistique dévoile les stratégies lexicales dont les deux populations forestières se sont servies pour dénommer les champignons qu’ils consomment ainsi que les motivations sémantiques et les mécanismes cognitifs qui les sous-tendent. Il est aussi démontré que le kóya et le baka ne partagent aucun myconyme, ce qui aurait pu être l’indice de la subsistance d’une langue pygmée d’origine, perdue au profit des langues bantue et oubanguienne empruntées.