Entretien avec Almamy Nientao, né en 1924 à Mopti, réalisé à son domicile à Sévaré. J'avais fait sa rencontre quelques jours plus tôt au lycée de Sévaré alors que je menais des entretiens avec des enseignants. Nientao avait été invité au Lycée comme conférencier pour parler de la création de l'armée du Mali. Son nom m'était familier : il est regulièrement évoqué dans les témoignages d'anciens prisonniers politiques du régime de Moussa Traoré. Il est alors désigné comme le "tortionnaire du désert". A ma grande surprise il accepte facilement de me rencontrer et m'invite chez lui. Il souhaite que je l'aide à écrire ses mémoires. A mon arrivée à son domicile, deux jeunes militaires hauts gradés sont présents et échangent avec lui sur la conférence au Lycée de Sévaré à laquelle ils ont assisté. En bambara, ils l'interrogent sur la question des droits de l'homme et les exactions commises par l'armée sous le régime de Moussa Traoré. Nientao entre dans une grande colère et les met dehors. Je comprends que c'est un sujet que je ne pourrai aborder. Entretien biographique avec Almamy Nientao. Dans cette troisième partie il revient sur le coup d'Etat militaire de 1968, la répression des miliciens et comment il a été envoyé dans le Nord pour s'occuper des détenus (Gao, Kidal, Taoudénit). Il parle des prisonniers de droit commun et de sa peur des rebelles touaregs. Il prend sa retraite en 1987, voyage à Moscou et Paris pour des activités sportives et s'installe à Sévaré d'où il vit la révolution de 1991. Il dresse un portait à charge du mouvement démocratique (décrit comme corrompu), décrit comment Moussa Traoré aurait été trahi et le rôle de mercenaires étrangers dans les tueries de mars 1991.