Selon la typologie de Dixon (2008), les constructions comparatives de supériorité du kriol (créole portugais de Guinée-Bissau et Casamance) paraissent relever de deux types en variation sociolinguistique (dont cet article n’examine pas les tenants). Elles peuvent instancier le type A1 du portugais, tel que le paramètre de comparaison est exprimé par un adjectif prédiqué du comparé et modifié par un opérateur (indice) « plus » (>), et l’étalon de comparaison est introduit par un relateur (marqueur) : p. ex. portugais O Pedro é mais alto (do) que o João, kriol Pedru ma kumpridu di ki Djon ‘Pierre est plus grand que Jean’. Mais elles peuvent aussi relever apparemment du type C où l’opérateur est un verbe voulant dire « surpasser », dont l’étalon est le complément, tandis que le paramètre est réalisé comme une sorte d’adjoint. Ce type est celui des langues atlantiques avec lesquelles le kriol est en contact depuis des siècles : p. ex. manjaku Pedru pe Jon pëyamp {P. surpasser J. être.grand}, kriol Pedru ma Jon kumpridu. On serait tenté d’y voir l’effet direct de l’interférence des langues du substrat-adstrat, avec pour conséquence la réanalyse de l’opérateur adverbial mais du portugais en un verbe ma analogue au manjaku pe. On montre toutefois aisément que ma n’est pas un verbe, mais une préposition. D’où l’on conclut que l’interférence s’est exercée non pas au niveau « profond » du type, mais au niveau « superficiel » de la syntaxe linéaire (l’ordre des termes). C’est ce qui explique que les deux structures soient susceptibles de s’entrecroiser : p. ex. Pedru ma di ki Djon kumpridu.