Cet article illustre l’apport de la linguistique à l’histoire, dans une région, l’espace Tchad-Soudan-Érythrée, où les données anciennes sont très lacunaires. La première partie aborde les problèmes de déchiffrement que pose la langue du Royaume de Méroé (Soudan antique), et expose les récentes avancées de l’auteur vers la traduction de ces textes millénaires, qui permettra de mieux comprendre la plus ancienne culture écrite d’Afrique noire. La seconde partie démontre l’existence d’une langue disparue, apparentée au méroïtique, parlée au nord du Soudan jusqu’à la fin de l’antiquité. Peut-être était-ce la langue du mystérieux Groupe C bien connu des archéologues. Dans la dernière partie, l’auteur prouve par l’étude d’emprunts lexicaux que les « sultanats » tounjour du Darfour et du Ouaddaï n’étaient autres que des extensions du royaume chrétien de Makouria, au Soudan.