Mettre en mots une catastrophe naturelle telle l’aléa sismique est un sujet abordé en situation éducative partout dans le monde. Mais certaines sociétés épargnées par ces aléas n’ont pour tradition ni d’en parler, ni de les comprendre, encore moins de les transmettre. Tel est le cas pour Mayotte (océan Indien) qui a subi un essaim de séismes à partir de mai 2018, à la faveur de l’émergence d’un volcan sous-marin. En milieu linguistique multilingue, les habitants ont été confrontés au défi de communiquer en plusieurs langues sur cet événement inconnu suscitant la peur et l’incompréhension. Il était question de s’adapter linguistiquement pour survivre dans une condition représentationnelle quasi extrêmophile. A travers deux corpus de données longitudinales, ce chapitre explore la manière dont les Mahorais 1) mettent en mots en langues locales ce phénomène inédit et 2) s’approprient le discours scientifique et émotionnel à propos de la crise. Un corpus oral en Shimaore (journal du soir ; N = 13.700 mots) et un corpus écrit en Kibushi (bulletin scientifique simplifié ; N’= 2.846 mots) se focalisent sur la manière dont les connaissances traditionnelles et les discours scientifiques sont appropriés, traduits et transformés (Eco, 2007) en langue locale.