Résumé
L'Afrique fantôme. La photographie entre surréalisme et ethnographie. — L'étude de J. Clifford de 1981, « On Ethnographie Surrealism », qui établissait un lien étroit entre le surréalisme et l'ethnographie parisiens du début de années 1930, a donné lieu à de nombreuses discussions. Cet article envisage le rôle de la photographie dans ces débats de deux façons. En premier lieu, l'article examine la localisation des photos de masques dogons prises par Marcel Griaule au cours de la Mission Dakar-Djibouti (1931-33) dans certains sites: le Musée de l'Homme, le livre de Griaule, Masques dogons (1938), la revue d'inspiration surréaliste, Minotaure (1933) et enfin L'Afrique fantôme (1934) de Michel Leiris. Dans chaque site, le sens des images se modifie, en particulier dans le livre de Leiris où elles sont investies d'une subjectivité exacerbée. Dans la seconde partie de l'article, cette « ethnographie surréaliste » est mise en rapport avec l'« imagerie surréaliste » de la même période, telle qu'elle est représentée par Nadja (1928) d'André Breton ainsi que par les photographies et les films de Brassaï, Eli Lotar, Jean Painlevé et Luis Buñuel. Enfin, on s'interroge sur la signification que peuvent revêtir ces pratiques pour une ethnographie ou un usage de l'image post-modernes.