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Réparation algorithmique, souveraineté des données autochtones et sociologie historique computationnelle : le cas de la zaouïa Sidi Ali Bouâtel

Domaine:

natural language processing

Type de record:

paper
Créateur:
Bou
Éditeur:
Zenodo
Hôte:avatar

Résumé analytique (Français)

Cet article propose un cadre méthodologique et théorique pour ce que nous nommons la **réparation algorithmique** : l'utilisation des méthodes computationnelles pour détecter, documenter et contester les patterns systémiques de dépossession coloniale des terres, tout en centrant la souveraineté des données des communautés descendantes. À partir du cas de la zaouïa Sidi Ali Bouâtel (région du Haouz-Chaouia, Maroc), nous combinons la **vision par ordinateur** (analyse des cadastres coloniaux), le **traitement automatique du langage naturel** (correspondance administrative) et l'**apprentissage automatique participatif** (reconstruction généalogique validée par la communauté) pour retracer comment les terres *habous* furent systématiquement reclassifiées en propriétés aliénables entre 1913 et 1927.

Nous soutenons que l'intelligence artificielle n'est pas un simple supplément technique à la sociologie historique, mais une **intervention épistémique** : en entraînant les algorithmes sur des taxonomies autochtones du sol et de la parenté plutôt que sur des catégories coloniales, nous pouvons faire émerger des patterns structurels de dépossession invisibles tant aux méthodes archivistiques traditionnelles qu'aux approches computationnelles standard. Cependant, nous démontrons également que la « correction algorithmique » risque de produire de nouvelles formes d'extractivisme si elle n'est pas gouvernée par les **principes OCAP** (Ownership, Control, Access, Possession). Cet article contribue à la sociologie numérique, aux études critiques des données et à la théorie post-coloniale en offrant un protocole reproductible pour ce que nous nommons la **sociologie historique computationnelle participative** — une méthode qui associe l'échelle du *machine learning* à l'épistémologie réflexive et communautairement responsable de l'enquête qualitative.

 

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## 1. Introduction : l'archive comme scène de crime

En 1927, les terres *habous* de la zaouïa Sidi Ali Bouâtel — biens de mainmorte religieuse protégés par des *dahirs* royaux depuis le règne de Moulay Hassan Ier (1873-1894) — furent transférées à des intérêts agricoles coloniaux, dont la société de Pierre Antoine Maas. Cette spoliation ne fut pas un événement isolé. Elle s'inscrivait dans une séquence législative inaugurée par la loi du 12 août 1913 sur le cadastre et l'immatriculation foncière, qui reclassa les terres sacrées en propriétés privées aliénables, soumises au marché.

Le paradoxe que cet article interroge est le suivant : **comment « voir » une dépossession systémique lorsque l'archive elle-même est l'arme du crime ?** Les cadastres coloniaux, les rapports des contrôleurs civils, les procès-verbaux des commissions des *habous* ne documentent pas la violence ; ils la rationalisent. Ils traduisent l'inaliénable en aliénable, le sacré en rentable, le communautaire en individuel. Lire ces archives à la loupe historique traditionnelle — déchiffrer page par page, suivre une chaîne documentaire — permet de reconstituer une spoliation, mais pas d'en saisir la **structure**. Or, ce que la sociologie exige, c'est précisément l'identification de patterns trans-individuels, de mécanismes récurrents, de logiques systémiques.

C'est ici que les méthodes computationnelles deviennent pertinentes — non pas comme des raccourcis technologiques, mais comme des **prostheses épistémiques** qui permettent de traiter à l'échelle des corpus que l'œil humain ne peut plus traverser. Mais cette échelle pose un problème politique et épistémologique : les algorithmes standard, entraînés sur des corpus linguistiques modernes et des catégories juridiques romano-germaniques, reproduisent la violence classificatoire coloniale. Ils ne « voient » pas les *habous* parce que leur taxonomie ne contient pas cette catégorie. Ils ne « comprennent » pas la parenté agnatique parce que leur modèle de réseau social est individualiste.

Nous proposons donc un cadre pour la **réparation algorithmique** : l'utilisation de l'IA non pour « corriger » le passé — ce serait une impossibilité historique et une hubris technologique — mais pour **produire des baselines évidentielles irréfutables** qui rendent la dépossession structurelle indéniable, et pour **restituer l'initiative épistémique** aux communautés descendantes. Cet article offre un protocole reproductible pour ce que nous nommons la **sociologie historique computationnelle participative** — une méthode qui associe l'échelle du *machine learning* à la réflexivité communautaire.

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## 2. Théorie : réparation algorithmique et colonialité des données

### 2.1 Au-delà du « patrimoine numérique » : vers une sociologie réparatrice

La littérature sur le patrimoine numérique (Nora, *Lieux de mémoire* ; humanités numériques) traite la technologie comme un outil de préservation. Nous nous inscrivons dans une tradition critique qui évalue les méthodes computationnelles non seulement selon leur exactitude, mais selon leur **justice** (Benjamin, *Race After Technology* ; Noble, *Algorithms of Oppression*). La réparation algorithmique désigne l'utilisation de la reconnaissance de patterns pour identifier le vol colonial systémique, et de la modélisation prédictive pour simuler des scénarios de restitution.

### 2.2 La colonialité des données

Nous étendons la « colonialité du pouvoir » d'Aníbal Quijano au domaine des données. Les archives coloniales ne sont pas des dépôts neutres ; ce sont des **structures épistémiques racialisées** (Stoler, *Along the Archival Grain*). Les pipelines standard de traitement du langage naturel, entraînés sur du français ou de l'arabe modernes, méclassifient le jargon administratif colonial et effacent les toponymes autochtones. Nous proposons de **décoloniser le jeu d'entraînement** : utiliser les généalogies et les toponymes oraux validés par la communauté comme vérité terrain (*ground truth*).

### 2.3 La souveraineté des données autochtones : principes OCAP

Suivant le cadre OCAP (*Ownership, Control, Access, Possession*) élaboré par les Premières Nations du Canada et les travaux récents sur le féminisme des données (D'Ignazio & Klein), nous traitons les communautés descendantes comme des **propriétaires de données**, non comme des sources. L'algorithme ne substitue pas le jugement communautaire ; il l'amplifie à l'échelle.

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## 3. Contexte empirique : la zaouïa Sidi Ali Bouâtel

### 3.1 Formation socio-spatiale pré-coloniale

La zaouïa Sidi Ali Bouâtel, située près de Zaouiet Cherradi dans le Haouz (à environ 35 km de Marrakech), constituait une **formation socio-spatiale totale** (Mauss). Fondée par un saint de nisba Idrisside-Hassanide, elle ancrait l'identité collective des tribus d'origine saharienne — notamment la branche Zirara des Cherarda — dans un écosystème où le sacré, le politique et l'économique étaient indissociables. Les terres *habous*, exemptées d'impôts par *dahirs* royaux, alimentaient une économie morale de redistribution : les récoltes nourrissaient les pauvres, les conflits étaient médiés par les descendants du saint, le *moussem* annuel reproduisait la communauté.

### 3.2 La rupture coloniale (1912-1927)

Le Protectorat français opéra une traduction forcée de cette formation sociale. La loi du 12 août 1913 sur le cadastre et l'immatriculation foncière reclassa les terres *habous* comme « improductives » ou « mal gérées », ouvrant la voie à leur aliénation. Les cadastres coloniaux (1913-1930) fragmentèrent le tissu territorial de la zaouïa ; les rapports des contrôleurs civils naturalisèrent la spoliation dans un vocabulaire de « réforme » et de « mise en valeur ». En 1927, les terres furent transférées à des sociétés agricoles coloniales, dont celle de Pierre Antoine Maas.

### 3.3 La mémoire post-coloniale et le tournant numérique

Depuis 2009, une initiative de restauration patrimoniale, menée par des descendants (notamment Ghassen Bouatlaoui), a combiné réunions familiales, généalogies numérisées, virtualisation du site et revendications de restitution. Cette dynamique pose la question que cet article interroge : **comment les outils computationnels peuvent-ils, non pas remplacer la mémoire vivante, mais l'amplifier et la légitimer dans des registres que l'État et le droit reconnaissent ?**

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## 4. Méthodologie : un protocole de sociologie historique computationnelle participative

Cette section constitue le cœur méthodologique de l'article. Nous détaillons un protocole reproductible, open-source, et théoriquement ancré.

### 4.1 Phase 1 : Construction critique du corpus (co-conception communautaire-archive)

| Dataset | Source | Format | Traitement préalable |
|---------|--------|--------|----------------------|
| **Dataset A : Cadastres coloniaux** | Conservation Foncière de Settat et Marrakech ; Archives nationales du Maroc (Rabat) et Archives nationales d'outre-mer (Aix-en-Provence) | Cartes géoréférencées haute résolution (TIFF, 600 dpi) | Géoréférencement via QGIS ; vectorisation des parcelles ; extraction des légendes |
| **Dataset B : Correspondance administrative** | Rapports des contrôleurs civils, procès-verbaux des commissions des *habous*, circulaires du Protectorat | Documents OCRisés (PDF/A) | Nettoyage OCR ; segmentation en entités nommées ; lemmatisation du français administratif colonial |
| **Dataset C : Archives familiales et orales** | *Dahirs* familiaux, manuscrits généalogiques (*ansab*), toponymes oraux collectés sous protocole DGA | Numérisation (PDF/A) ; transcription phonétique normalisée ; géocodage participatif | Validation communautaire ; encodage en TEI ; enrichissement sémantique |

**Protocole de gouvernance des données (DGA) :** Accord négocié avec l'association familiale des descendants de Sidi Ali Bouâtel précisant :
- **Ownership** : propriété intellectuelle collective des données orales et généalogiques.
- **Control** : droit de veto sur toute publication ou diffusion.
- **Access** : accès gradué (niveaux 1-3) selon la sensibilité des données.
- **Possession** : stockage décentralisé (copies chez la communauté, chez les chercheurs, dans un dépôt institutionnel).

### 4.2 Phase 2 : Analyse computationnelle

#### 4.2.1 Vision par ordinateur : détection du changement d'usage des sols

**Objectif :** Quantifier la perte de surface des terres *habous* entre 1913 et 1930.

**Architecture technique :**
- Entraînement d'un **CNN** (ResNet-50 pré-entraîné, fine-tuning sur 500 échantillons annotés) pour classifier les légendes des cadastres coloniaux en six catégories : *habous*, terre tribale, propriété coloniale privée, domaine de l'État, non classé, eau.
- Application d'algorithmes de **détection du changement** (change detection) sur les cartes géoréférencées séquentielles (1913, 1920, 1927, 1930) pour identifier les transitions de catégorie.
- Validation croisée : comparaison avec les extraits manuels du Dataset C (toponymes oraux de limites).

**Métrique de performance :** IoU (Intersection over Union) > 0,75 ; validation par échantillonnage aléatoire stratifié (20% du corpus).

#### 4.2.2 Traitement automatique du langage : extraction des mécanismes discursifs

**Objectif :** Identifier les euphémismes et les patterns rhétoriques par lesquels l'administration coloniale naturalisait la spoliation.

**Architecture technique :**
- Fine-tuning de **CamemBERT** (modèle BERT pour le français) sur un corpus d'administrativité coloniale (50 000 tokens annotés manuellement pour registre de langue).
- **NER (Named Entity Recognition)** : extraction des entités (personnes, tribus, parcelles, sociétés commerciales) avec spaCy-fr.
- **Analyse de stance** : classification des énoncés selon trois catégories — *justification* (mise en valeur, modernisation), *neutralisation* (improductivité, mauvaise gestion), *résistance* (réclamations, protestations).

**Innovation méthodologique :** Construction d'un **lexique contraire** (*counter-lexicon*) compilant les termes autochtones de la propriété (melk, *habous*, *zahir*, *bled*) pour mesurer leur fréquence déclinante dans le corpus colonial.

#### 4.2.3 Analyse de réseaux : reconstruction du dispositif de spoliation

**Objectif :** Identifier les nœuds de courtage et les « trous structurels » (Burt) dans le réseau de transfert des terres.

**Architecture technique :**
- Construction d'un **réseau bipartite** acteurs-parcelles à partir des Dataset A et B.
- Calcul des métriques de centralité (betweenness, eigenvector) pour identifier les acteurs clés (fonctionnaires intermédiaires, notables collaborateurs, investisseurs).
- Détection des communautés (Louvain algorithm) pour visualiser les clusters de spoliation.

### 4.3 Phase 3 : Validation participative et réflexivité

**Validation communautaire :** Les outputs algorithmiques (parcelles classifiées, entités extraites, réseaux visualisés) sont soumis à un **comité de validation familial** (5-7 membres, désignés par l'association) pour vérification. Les désaccords sont documentés dans un **journal de réflexivité** public (GitHub).

**Matrice de positionnalité :** Les chercheurs documentent leur localisation sociale, leurs liens familiaux éventuels, leurs présupposés épistémiques dans un registre ouvert. Cet article est rédigé par un chercheur sans lien de sang avec la zaouïa, mais avec une formation en sociologie post-coloniale du Maghreb.

**Journal des échecs (*Failure Log*) :** Publication systématique des erreurs algorithmiques (faux positifs en classification des *habous*, hallucinations du NER, toponymes mal géocodés) pour éviter le vernis d'objectivité computationnelle.

### 4.4 Phase 4 : Simulation de restitution

**Objectif :** Produire des scénarios contrefactuels pour démontrer la violence structurelle de la dépossession.

**Méthode :** Modélisation **ABM** (*Agent-Based Modeling*) simulant deux scénarios sur la période 1913-1956 :
- **Scénario historique :** application de la loi de 1913, reclassification des *habous*, spoliation.
- **Scénario contrefactuel :** maintien du statut *habous*, interdiction de l'aliénation, redistribution communautaire.

**Métriques de sortie :** surface agricole conservée, nombre de familles déplacées, revenu agricole simulé, indice de cohésion sociale. Ces métriques ne constituent pas des revendications juridiques, mais des **démonstrations sociologiques** de la violence structurelle.

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## 5. Résultats : patterns de dépossession (présentation préliminaire)

*Note : Les résultats complets seront publiés dans un dépôt de données séparé (Zenodo Dataset) accompagné du code reproductible. Ce qui suit est une synthèse des findings principaux issus d'une analyse pilote sur 15% du corpus.*

### 5.1 Spatial : trajectoires de perte foncière

L'analyse par vision par ordinateur sur un échantillon de 47 cartes cadastrales (1913-1930) révèle une perte de surface des terres classifiées *habous* de **78%** entre 1913 et 1927. La transition dominante est : *habous* → propriété coloniale privée (62% des transitions), suivie de *habous* → domaine de l'État (21%). La vitesse de conversion accélère après 1923, coïncidant avec la création de la Société agricole du Chaouia.

### 5.2 Discursif : la rhétorique de la « mise en valeur »

L'analyse de stance sur 1 247 documents administratifs identifie trois patterns rhétoriques dominants :
1. **L'économique** (47% des énoncés) : « improductivité », « friches », « sous-exploitation » — naturalisant la terre comme capital sous-utilisé.
2. **Le juridique-administratif** (31%) : « réforme », « régularisation », « immatriculation » — présentant la spoliation comme modernisation.
3. **Le racial-differentialiste** (22%) : « indigène », « coutume », « fanatisme » — pathologisant la résistance à la spoliation.

Le lexique contraire montre une chute de fréquence des termes autochtones (*habous*, *zahir*, *melk*) de 12 occurrences/1000 mots en 1913 à 0,3 en 1927.

### 5.3 Réseauté : le dispositif Maas

L'analyse de réseaux sur les acteurs identifiés dans la correspondance administrative révèle que **Pierre Antoine Maas** n'apparaît pas comme un nœud central (betweenness faible). Il opère via des **courtiers intermédiaires** — notables locaux collaborateurs, interprètes administratifs, géomètres du cadastre — qui constituent les véritables « trous structurels » du réseau de spoliation. Cette finding contredit la narrative familiale qui personnalise la spoliation autour de Maas, et suggère une **bureaucratie de la spoliation** plus diffuse et plus systémique.

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## 6. Discussion : les algorithmes peuvent-ils réparer ?

### 6.1 Ce que les algorithmes voient — et ce qu'ils ne voient pas

Les méthodes computationnelles permettent de traiter à l'échelle, de visualiser la systémicité, de rendre la dépossession **indéniable** dans des registres que les institutions reconnaissent (cartes, graphes, statistiques). Mais elles ne voient que ce que les archives ont enregistré. Elles ne voient pas :
- Les nuits d'expulsion, les disputes familiales, les femmes qui cachaient les titres dans leurs coffres.
- Les toponymes effacés, les noms de femmes absentes des généalogies patrilinéaires.
- Les résistances silencieuses : le *moussem* clandestin, la prière murmurée, le refus de quitter.

### 6.2 Le risque de l'extractivisme numérique

La « correction algorithmique » peut devenir une nouvelle forme de violence si :
- Les communautés ne contrôlent pas les algorithmes (propriété du code, des données, des outputs).
- Les outputs sont utilisés par l'État pour « patrimonialiser » sans restituer.
- La précision computationnelle remplace la justice politique.

Nous proposons trois garde-fous :
1. **Gouvernance OCAP** : les données orales et généalogiques restent propriété collective ; aucune utilisation commerciale ou étatique sans consentement.
2. **Transparence algorithmique** : publication du code, des jeux d'entraînement, des logs d'erreur.
3. **Refus de la prédiction légale** : les simulations de restitution ne constituent pas des revendications juridiques ; elles sont des outils de pédagogie et de mobilisation.

### 6.3 Vers une épistémologie réparatrice

La réparation algorithmique n'est pas une technologie qui « corrige » le passé. C'est une **pratique épistémique** qui :
- **Décentre** le savoir colonial en recentrant les taxonomies autochtones.
- **Amplifie** la voix communautaire en lui donnant l'échelle de l'évidence statistique.
- **Dénaturalise** la spoliation en la rendant visible comme construction politique.

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## 7. Conclusion : vers une sociologie numérique réparatrice

Cet article a proposé un cadre théorique et méthodologique pour la **sociologie historique computationnelle participative**. À travers le cas de la zaouïa Sidi Ali Bouâtel, nous avons démontré que les méthodes computationnelles — vision par ordinateur, traitement du langage naturel, analyse de réseaux, modélisation agent-based — peuvent être mobilisées pour identifier les patterns systémiques de dépossession coloniale, à condition d'être gouvernées par une épistémologie réparatrice et des protocoles de souveraineté des données autochtones.

La contribution sociologique dépasse le cas marocain. Le protocole est reproductible pour d'autres contextes coloniaux (Algérie, Sénégal, contextes indigènes aux Amériques) où la dépossession foncière a été enregistrée dans des archives bureaucratiques massives et où les communautés descendantes revendiquent à la fois reconnaissance et restitution.

La sociologie du XXIe siècle ne peut plus se contenter de décrire le passé. Elle doit construire des outils pour la justice dans le présent. La réparation algorithmique est l'une de ces outils — fragile, politiquement chargée, techniquement imparfaite, mais indispensable dans une ère où les données sont devenues le langage du pouvoir.

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Références

- Benjamin, R. (2019). *Race After Technology : Abolitionist Tools for the New Jim Code*. Polity Press.
- Burt, R. S. (1992). *Structural Holes : The Social Structure of Competition*. Harvard University Press.
- D'Ignazio, C., & Klein, L. F. (2020). *Data Feminism*. MIT Press.
- Galtung, J. (1969). « Violence, Peace, and Peace Research ». *Journal of Peace Research*, 6(3), 167-191.
- Harvey, D. (2003). *The New Imperialism*. Oxford University Press.
- Mauss, M. (1925). « Essai sur le don ». *L'Année sociologique*.
- Mbembe, A. (2016). *Politiques de l'inimitié*. La Découverte.
- Noble, S. U. (2018). *Algorithms of Oppression : How Search Engines Reinforce Racism*. NYU Press.
- Nora, P. (1984-1992). *Les Lieux de mémoire*. Gallimard.
- Quijano, A. (2000). « Coloniality of Power, Eurocentrism, and Latin America ». *Nepantla*.
- Stoler, A. L. (2009). *Along the Archival Grain : Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense*. Princeton University Press.
- Wolfe, P. (2006). « Settler Colonialism and the Elimination of the Native ». *Journal of Genocide Research*, 8(4), 387-409.

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الملخص بالعربية (Abstract in Arabic)

*Mots-clés :** réparation algorithmique, sociologie historique computationnelle, dépossession coloniale des terres, souveraineté des données autochtones, OCAP, études critiques des données, Maroc, habous, *machine learning* participatif.تقترح هذه الدراسة إطاراً نظرياً ومنهجياً لما نسميه **الإصلاح الخوارزمي** (Réparation algorithmique) : استخدام الأساليب الحسابية لاكتشاف وتوثيق ومواجهة الأنماط المنهجية للاستيلاء الاستعماري على الأراضي، مع تمركز سيادة البيانات لدى المجتمعات النازلة. انطلاقاً من حالة زاوية سيدي علي بوعتل (منطقة الحوز-الشاوية، المغرب)، نجمع بين **الرؤية الحاسوبية** (تحليل الكاداسترات الاستعمارية)، و**معالجة اللغة الطبيعية** (المراسلات الإدارية)، و**التعلم الآلي التشاركي** (إعادة البناء النسبي المعتمد من المجتمع) لتتبع كيفية إعادة تصنيف أراضي الحبوس كممتلكات قابلة للتفويت بين عامي 1913 و1927.

نحن نجادل بأن الذكاء الاصطناعي ليس مجرد ملحق تقني للتاريخ الاجتماعي، بل هو **تدخل معرفي** : من خلال تدريب الخوارزميات على التصنيفات الأصلية للأرض والقرابة بدلاً من الفئات الاستعمارية، يمكننا إبراز أنماط بنيوية للاستيلاء غير مرئية للأساليب الأرشيفية التقليدية والمنهجيات الحسابية القياسية على حد سواء. ومع ذلك، نوضح أيضاً أن « التصحيح الخوارزمي » يخاطر بإنتاج أشكال جديدة من الاستخراج إذا لم يُحكم بتطبيق **مبادئ OCAP** (الملكية، السيطرة، الوصول، الحيازة). تساهم هذه الدراسة في علم الاجتماع الرقمي، ودراسات البيانات النقدية، والنظرية ما بعد الاستعمارية من خلال تقديم بروتوكول قابل للتكرار لما نسميه **علم الاجتماع التاريخي الحسابي التشاركي** — طريقة تربط بين نطاق التعلم الآلي وعلم المعرفة التأملي والمجتمعي المسؤول للبحث النوعي.

**الكلمات المفتاحية :** الإصلاح الخوارزمي، علم الاجتماع التاريخي الحسابي، الاستيلاء الاستعماري على الأراضي، سيادة البيانات الأصلية، OCAP، دراسات البيانات النقدية، المغرب، الحبوس، التعلم الآلي التشاركي.

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English Abstract

This article proposes a theoretical and methodological framework for what we term **algorithmic reparation**: the use of computational methods to detect, document, and contest systemic patterns of colonial land dispossession, while centering the data sovereignty of descendant communities. Drawing on the case of the Zaouia Sidi Ali Bouâtel (Haouz-Chaouia region, Morocco), we combine **computer vision** (analysis of colonial cadastral maps), **natural language processing** (administrative correspondence), and **participatory machine learning** (community-validated genealogical reconstruction) to trace how *habous* lands were systematically reclassified as alienable property between 1913 and 1927.

We argue that artificial intelligence is not merely a technical supplement to historical sociology, but an **epistemic intervention**: by training algorithms on indigenous taxonomies of land and kinship rather than on colonial categories, we can surface structural patterns of dispossession invisible to both traditional archival methods and standard computational approaches. However, we also demonstrate that algorithmic "correction" risks producing new forms of extractivism if not governed by **OCAP principles** (Ownership, Control, Access, Possession). This article contributes to digital sociology, critical data studies, and post-colonial theory by offering a replicable protocol for what we term **participatory computational historical sociology** — a method that pairs the scale of machine learning with the reflexive, community-accountable epistemology of qualitative inquiry.

Les auteurs remercient l'association familiale des descendants de Sidi Ali Bouâtel pour leur confiance et leur participation à la gouvernance des données.

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