Comment une langue antique a-t-elle survécu alors même qu’elle a été transmise essentiellement, si ce n’est exclusivement, par l’oralité ? Quels enjeux sous-tendent la mobilisation du tamazight, parlé depuis l’antiquité, mais sujet à l’invisibilisation au profit des langues arabe et française ? Son récent statut de langue officielle ne manque pas de soulever nombre de débats passionnés traversés par des positions ambivalentes : considéré comme un formidable moyen d’intégration, auprès des plus âgés ou, à l’opposé, comme le symbole du refus, du rejet de la modernité, le chaoui, déclinaison locale dans les Aurès du tamazight, a surtout profité d’une transmission orale intergénérationnelle et dynamique par les contes, les chansons, etc. portée essentiellement, par les femmes, représentantes de la figure maternelle. Cet article ambitionne de mettre en débat, sous l’angle sociolinguistique, les stratégies de ces femmes dans la transmission de la langue, vectrice d’identité et de culture.