Version écrite de la communication au colloque de la Société d'Histoire et d'Epistémologie des Sciences du Langage "Langage et action : la pragmatique avant la pragmatique", 30 et 31 Janvier 1998, Ecole Normale Supérieure, Fontenay-aux-Roses. Article disponible en ligne à l'adresse suivante:
kaali.linguist.jussieu.fr traduction arabe : tadāwuliyya qabl al-tadāwuliyya wa-hiya tadāwuliyya qarwasṭiyya 'arabiyya 'islāmiyya, dans Iṭlālāt 'alā al-naẓariyyāt al-lisāniyya wa-l-dalāliyya fī al-niṣf al-ṯānī min al-qarn al-'išrīn, muḫtarāt mu'arraba bi-'išrāf wa-tansīq Dr. 'Izz al-Dīn Maǧdūb t. I, p. 499-518, Académie Tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts, Beït al-Hikma, Tunis, 2012 International audience
Although " pragmatics ", historically speaking, refers, with " syntactics " (syntax) and " semantics ", to one of the three branches of Morris's semiotics, it may, from a non-historical point of view, be used to charac¬terise any theory of language, implicit or explicit, which takes into consideration the " interpreters " and, as a corollary, such things as the action of one interpreter on the other, the other interpreter's reaction, and the interaction of both. Modern pragmatics may also -- without any undue zeal in the search for forerunners -- be used as a heuristic device to bring to light the pragmatic nature of " theories " of language belonging to other historical periods and other geographical areas than our own. This is the approach we shall adopt in the following article, showing that there exists a common pragmatic dimension providing a strong and original link between those various disciplines which, in the Arabic language and in an Islamic context, during a period which might be termed " medieval " (from the 8th to 18th centuries), dealt either entirely (grammar and rhetoric), or in part (the theologico-juridical sciences) with language. Among these disciplines the relatively late (13th century) category of 'inshâ' (literally " creation ") -- the Arabic counterpart to the Austinian categories of " performative utterances " and " illocutionary acts " -- constitutes the most spectacular " pragmatic " element.
Bien qu'historiquement le terme de "pragmatique" désigne, avec ceux de "syntaxique" et "sémantique", l'un des trois volets de la sémiotique de Morris, il peut être utilisé, de manière anhistorique, pour caractériser toute théorie, explicite ou implicite, du langage n'ignorant pas ses "interprètes", et, par suite, l'action de l'un sur l'autre, la réaction de l'autre, l'interaction des deux. On peut également utiliser la pragmatique d'aujourd'hui, de manière heuristique, et sans verser dans le précursorisme, pour mettre en évidence le caractère pragmatique de "théories" du langage appartenant à d'autres temps et d'autres lieux que les nôtres. C'est ce que nous ferons ici en montrant qu'une commune dimension pragmatique constitue un lien fort et original entre les différentes disciplines qui, en langue arabe et dans le cadre de l'islam, pour une période de temps que l'on peut qualifier de "médiévale" (VIIIème-XVIIIème siècles), traitent en totalité (grammaire et rhétorique) ou en partie (sciences théologico-juridiques) de langage et dont la catégorie tardive (XIIIème siècle) de 'inshâ' (litt. "création") --l'analogue arabe des catégories austiniennes de "performatif" et d'"acte illocutoire"-- constitue l'élément le plus spectaculaire.