Cet article décortiquera, d’une part, le mot amazigh asefru qui est d’une richesse inestimable qui dépasse largement ses équivalents du latin et/ou du grec desquels est issu le mot français poème. D’autre part, il abordera l’expression amazighe « ay ixf-iw rfed asefru » : sa structure morphosyntaxique, ses différentes significations, ses différents contextes d’usage et ses variantes. Nous allons expliquer pourquoi elle constitue un phraséologisme pragmatique d’expression savante, car, lorsque l’homme interpelle son esprit et son âme et se relie à son être par la force nuptiale du verbe, accouchant des vers, il devient ainsi poète, il devient sage ! Il est qualifié, chez les Amazighs, même de devin et de clairvoyant. Pour eux, selon leur imaginaire et leurs croyances, la capacité de produire isefra ou de s’exprimer en vers/poèmes est même un don attribué par le Divin à des êtres élus ou choisis. Si l’art poétique est pratiqué depuis la nuit des temps par tous les peuples du monde, il y a dans le patrimoine immatériel amazigh, tel qu’enregistré dans le mot asefru et l’expression « ay ixf-iw rfed asefru », à part l’idée d’un savoir-faire poétique, celle d’un savoir-être : attitude résiliente. Autrement dit, face à l’absurdité de l’existence et aux souffrances, la culture et la sagesse amazighes invitent l’homme à devenir poète, à surmonter ses maux par les mots, à s’élever aux rangs des sages, porteurs de messages lucides, perçant les secrets impénétrables des Hommes et du Monde.