Chez les Peuls du Massina (Mali), la situation écologique trouve, dans deux genres poétiques, une illustration des rapports entre l’environnement et cette expression langagière à vocation esthétique et culturelle qu’est la littérature. L’un, le mergol, qui traite de tout sujet, recourt à l’expression poétique – qui favorise la mémorisation – pour décrire la réalité écologique et l’impact de l’humain sur l’organisation de l’espace, dans une perspective directement informative, pour la transmission et la diffusion du patrimoine culturel et linguistique. L’autre, les jammooje na’i – louanges aux bovins –, déclamé par les jeunes bergers aux fêtes de transhumance, est directement lié à l’inscription de la vie humaine et animale dans l’espace et la réalité écologique, et s’en trouve naturellement conditionné, certes dans son contenu, mais plus encore dans sa forme, ses instances d’élaboration et de performance et enfin sa fonction ; ici, l’utilisation de la langue dans sa dimension plus formelle que sémantique investit ces poèmes d’un au‑delà des mots : défilé des troupeaux et enchaînement des mots étant symbole de perpétuation de ce qui fait l’identité peule. L’impact de la relation à l’environnement dans l’expression littéraire s’explique sans doute par la situation originellement nomade de cette population qui, d’après ses légendes, se donne pour origine l’apparition d’une langue nouvelle et d’un troupeau de bovins ; et ces deux genres poétiques illustrent deux types de relations possibles entre situation écologique et création littéraire.