Essais sur l’éducation des femmes et les normes sociales néfastes en Afrique de l’Ouest
Cette thèse examine deux thèmes étroitement liés en économie du développement : la manière dont les politiques publiques et les interventions post-conflit favorisent l’accès des femmes à l’enseignement secondaire, et la façon dont l’éducation ainsi que de nouveaux environnements informationnels peuvent transformer des normes sociales néfastes qui entravent le bien-être des femmes — avec un accent particulier sur l’excision (FGC). Le chapitre 1, Seeding the Battlefield: Post-Conflict Peacekeeping and Women’s Education (avec Thierry Hounsa et Horace Gninafon), étudie les effets locaux des opérations de maintien de la paix de l’ONU en Sierra Leone (UNAMSIL). En exploitant l’expansion spatiale échelonnée des sites de maintien de la paix après la guerre civile et en reliant cette variation à des données d’enquêtes démographiques, nous estimons l’impact de la proximité des Casques bleus sur l’éducation des femmes. Nous mettons en évidence des hausses importantes de la scolarisation au secondaire et de l’alphabétisation, ainsi que des diminutions en aval du mariage des enfants et des grossesses adolescentes. Les résultats sont cohérents avec un effet des missions sur l’offre et la demande : amélioration des conditions de scolarisation et du sentiment de sécurité, et modification des anticipations des ménages quant aux rendements de l’éducation. Le chapitre 2, Beyond the Classroom ? Secondary School Expansion and Female Genital Cutting in Senegal, s’interroge sur la capacité de l’éducation formelle à faire évoluer les attitudes à l’égard de l’excision dans un contexte de forte prévalence. J’analyse un programme de construction de collèges à grande échelle au Sénégal et j’apparie des données de recensement scolaire à des mesures de l’excision issues d’enquêtes. En exploitant la variation spatiale et par cohorte de l’exposition à ces nouveaux établissements, je trouve des gains substantiels en accès au secondaire et en alphabétisation des femmes. Ces progrès éducatifs se traduisent par une baisse significative du soutien déclaré des femmes à l’excision, particulièrement marquée dans les zones de forte prévalence et dans les régions où la pratique est justifiée par des préoccupations liées à la sexualité prénuptiale, à des obligations religieuses, ou à des bénéfices d’hygiène perçus. Le chapitre 3, Shifting the Value of Norms: Fast Internet, Premarital Sex, and the Erosion of Female Genital Cutting (avec Jorge García-Hombrados et Ricardo Ciacci), analyse pourquoi certaines pratiques néfastes persistent — et à quel moment elles reculent — lorsque leur fonction sociale sous-jacente commence à s’éroder. Au Nigeria, l’excision est largement comprise comme un moyen de réguler la sexualité prénuptiale. Nous combinons des historiques d’excision provenant de plusieurs enquêtes avec des données très détaillées sur le déploiement des réseaux mobiles 3G, afin d’exploiter l’expansion rapide de la couverture internet mobile. Nous documentons de fortes diminutions de l’excision chez les filles et du soutien des adultes à la pratique après l’arrivée de la 3G. Nous examinons et écartons plusieurs canaux alternatifs — notamment une croissance différentielle des revenus, la migration, la religiosité, l’éducation, la présence de l’État, l’exposition à des contenus anti-excision en ligne, et une sous-déclaration systématique — et nous complétons l’analyse quantitative par des entretiens semi-directifs menés dans des communautés rurales du sud-est et du centre du Nigeria