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Un cas de censure politique au XVIIe siècle : la chronique de Śarṣa-Dəngəl

Créateur:
Man
Éditeur:
PER
Hôte:
Résumé : La censure semble bien être un trait commun à la tradition humaine et à la mémoire collective. L'historiographie éthiopienne n'échappe pas à cette règle. Le plus souvent produite à la cour royale, elle était donc nettement sous le contrôle du pouvoir et des puissants. Ainsi les chroniques des souverains éthiopiens narrent les événements d'un règne en plein accord avec les vues officielles, fait que l'historien qui s'en sert comme source historique doit prendre en considération. La chronique de Sarsa-Dangal offre un cas de censure postérieure : les changements dramatiques dans l'histoire éthiopienne après la mort de ce souverain (une autre ligne dynastique qui se convertit au catholicisme) exigent que des passages historiques se référant aux actions du roi (Sarsa-Dangəl) et de certains de ses favoris soient changés. Les raisons de cette censure sont diverses : d'une part l'image du roi semble bien avoir changé : Susanyos est désormais le souverain absolu qui ne supporte plus — même pas dans le récit du passé - les conseils ouverts et sincères de sa noblesse ; d'autre part il s'agit de la damnatio memoriae de quelques dignitaires tombés en disgrâce. La tradition manuscrite de la chronique a néanmoins conservé la rédaction non expurgée des chapitres 8 et 9 en question dans quelques mss. Quant au ms. d'Abbadie 42, il porte les traces d'une censure matérielle : les fascicules originaux portant les passages inconvenants sont probablement substitués par de nouveaux, écrits d'une autre main.